La louange et le repentir

Ce signe tracé sur votre corps redit qu’ à la croix votre péché a été effacé et que vous avez reçu le don de la vie éternelle.

Homélie pour la croix glorieuse

Voici deux motifs que pourrait nous suggérer la fête de la Croix Glorieuse : la louange comme confession de l’amour de Dieu manifesté dans sa plénitude sur la croix et le repentir comme confession de nos péchés,  de notre misère, au vu d’un tel amour.

La raison de ta louange

« Venez dans sa maison en rendant grâce, entrez dans sa demeure en chantant » dit le psalmiste : Oui vous êtes venus en rendant grâce, un chant de louange sur vos lèvres. Vous vous êtes approchés de la maison de Dieu, préfiguration de la cité Sainte, cette cité qui est dans les cieux et vers laquelle nous marchons. Et dans cette cité se trouve une place sur laquelle se dresse l’arbre de vie, qu’est la croix glorieuse, arbre qui donne son fruit de guérison et de vie pour l’éternité.

 Et puis vous franchissez les portes de la maison de Dieu.

 « Il y a d’abord les portes, le portail de la maison où commence l’action de grâce. Là au portail, le psaume est un chant d’action de grâce ; et c’est là que vous trouverez des motifs de jubilation dit St Augustin en commentant le psaume 99,

Tu viens de franchir les portes de la maison : « Que la confession soit pour vous la porte, c’est-à-dire le commencement, l’entrée de la maison, là où commence l’action de grâce. Confessez que vous n’êtes pas vous-mêmes la source de votre être ; louez celui qui vous a créés. Tout bien, reconnais-le qui vient de lui ; si tu t’éloignes de lui c’est le malheur. »

Un autre psaume nous y invite encore : « Entonnez pour le Seigneur l’action de grâce (Ps 146,7)

« Entonnez, commencez par chanter… allez vers sa maison en rendant grâce, entrez dans sa demeure en chantant ! » dit st Augustin

En franchissant la porte de cette église, de cette maison, vous vous êtes souvenus de votre baptême :   la louange jaillit sur vos lèvres en souvenir de ce sacrement qui vous a conférée une dignité nouvelle, celle de fils et de fille de Dieu. Au jour de votre baptême, vous avez revêtus les vêtements du salut, les vêtements d’innocence et de joie. Vous avez été marqués de l’huile d’allégresse, l’huile du salut, le saint chrême qui vous a donné d’être totalement incorporé au Christ votre vie, devenant membre vivant et joyeux de l’Eglise. Vous avez accueilli la vie nouvelle et éternelle : la promesse du Père offerte par le don de son Esprit Saint. vous vous êtes dépouillés de votre vie ancienne, d’une vie sans but que vous meniez alors ; une vie sans souffle, presque morte à cause de vos péchés, et vous ne cessez, en venant dans la maison de Dieu, de rendre grâce à Celui qui vous a fait passer des ténèbres à son admirable lumière.

C’est pourquoi en entrant dans la maison de Dieu, vous vous signez avec l’eau bénite en rappel de votre baptême. Et dans la foi vous en accueillez à nouveau la grâce en faisant,  avec toute la profondeur qu’inspire l’Esprit Saint, le signe de croix. Ce signe tracé sur votre corps redit qu’ à la croix votre péché a été effacé et que vous avez reçu le don de la vie éternelle. Quelle confession pourrait-elle jaillir alors sur nos lèvres sinon celle de tous les baptisés de Pâques reprenant, d’un cœur unanime, le chant nouveau : alleluia !

Nous aurons toujours quelque chose à confesser en regardant la croix glorieuse

 

« Mais une fois entrés, la louange, la confession seront-elles inutiles ? demande St Augustin.

Non, il y aura toujours quelque chose à confesser. »

Car une fois entré qu’observes-tu ? sur quoi se portent tes yeux, qu’est-ce qui se dresse devant toi ?

Que vois-tu et que comprends-tu ?

Tu vois la croix. Une croix de gloire.

Une croix sur laquelle fut clouée Jésus pour son humiliation et une croix exaltée et honorée comme étendard et trophée de sa victoire de ressuscité.

Une croix repoussante d’infamie et une croix de beauté et de gloire.

Une croix objet de mépris et de malédiction une croix de bénédiction.

Une croix qui a donné la mort et une croix qui est l’arbre de vie du paradis nouveau.

Une croix vis-à-vis de laquelle nous détournons nos regards et une croix attirante vis-à-vis de laquelle on resterait des heures à contempler le mystère qui l’habite.

Une croix qui a porté nos péchés et notre mort et une croix de miséricorde et de résurrection

Une croix qui est source de nos blessures et une » croix qui est le toucher de l’amour éternel pour les guérir ». (JP II) Une croix source de blessure, car en blessant Celui que nous avons crucifié, nous nous sommes blessés nous-mêmes, abîmés ; dans les blessures du Christ se trouvent la guérison, réponse de la Tendresse infinie.

Il y aura donc toujours quelque chose à confesser quand nous regardons la croix :

Notre péché et l’amour fou de notre Sauveur !

L’un nous porte au repentir, l’autre à la louange : notre péché a abondé mais son amour a surabondé pour nous nous. Notre péché a fait de nous des injustes et des idolâtres mais son amour, sa miséricorde nous a rendu juste devant sa face et a fait de nous des adorateurs en esprit et vérité : des saints ! Quand nous confessons notre péché, le prêtre pourrait nous répondre aussitôt en donnant la grâce du pardon : tu es saint !

Le repentir

Sur la croix nous voyons Jésus identifié au péché, le péché qu’il a porté au point de devenir lui-même péché ; sur la croix nous voyons l’homme défiguré, l’homme déformé, l’homme qui n’a plus visage humain devant on qui on se voile la face, et nous voyons aussi sa gloire c’est à dire le rayonnement de son être amour dans sa manifestation la plus extrême.

Le sais-tu ? au moment même où tu confesses ton péché Dieu t’envahit de sa miséricorde et te voilà justifié, guérit, sanctifié. A l’instant même où tu confesses ton péché, il t’offre sa gloire, c’est-à-dire ce qu’Il est, son être amour. Cette gloire de Dieu, manifestée de manière tellement étonnante sur la croix, t’a prise sous son ombre et a fait de toi sa demeure.

Alors toi, offre ton action de grâce, confesse dans la louange cet amour qui t’a tellement aimé. « Je confesserai mes péché en rendant grâce dit le psalmiste. »

Mais certains continue de dire : « Mon péché demeure, je recommence à pécher, je tombe toujours dans les mêmes fautes » . Ceux-là qui s’obstinent à se lamenter sur leurs imperfections dévoilent leur impiété : ils nient la puissance de la Croix qu’ils prétendent professer. Non seulement ils ne veulent pas de Dieu pour eux, mais ils travaillent à en décourager les autres.

C’est à ce mensonge que s’attaque l’exhortation de Paul. Ecoutons bien ce que dit l’apôtre Paul :

2 Corinthiens 5, 17-21

« Aussi, si quelqu’un est en Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né. Tout vient de Dieu : il nous a réconciliés avec lui par le Christ et nous a donné pour ministère de travailler à cette réconciliation. Car c’est bien Dieu qui, dans le Christ, réconciliait le monde avec lui ; il effaçait pour tous les hommes le compte de leurs péchés, et il mettait dans notre bouche la parole de réconciliation. Nous sommes donc les ambassadeurs du Christ, et par nous c’est Dieu lui-même qui, en fait, vous adresse un appel. Au nom du Christ, nous vous en supplions, laissez-vous réconcilier avec Dieu. Celui qui n’avait pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché des hommes, afin que, grâce à lui, nous soyons identifiés à la justice de Dieu »

Car il s’agit pour Paul de gagner au Christ ces hommes qui se lamentent sur leurs péchés.  La ruse est imparable : « Dieu l’a pour nous identifié au péché des hommes, afin que, grâce à lui, nous soyons identifiés à la justice de Dieu ». Entendez : quiconque désormais se dit « pécheur » se voit immédiatement identifié au Christ, contraint par lui à la plénitude de son amour, identifiéà son amour et à sa vie. Sa justice il l’a manifestée pour toi sans que tu y sois pour quelque chose. Il t’a donné gratuitement son pardon pour que tu sois avec lui dans son royaume, c’est-à-dire en sa présence, pour que tu reçoives de lui sa vie éternelle.

Paul triomphe : le péché ne peut plus être l’occasion de se cacher devant Dieu puisqu’il est devenu le lieu même d’un rendez-vous d’amour où vont se célébrer les noces éternelles entre Dieu et sa créature et ce rendez-vous c’est la croix glorieuse.

 

Et toi, quand tu viens te confesser, offres-tu un réel repentir à Celui qui t’a tant aimé ?

Ou bien confesses-tu encore ton péché pour la seule raison de libérer ta conscience de tes fautes ?

Tu regrettes tes péchés, oui mais bien imparfaitement. Tu les regrettes car ton image de toi en a pris un coup, ton amour propre a été froissé, blessé, peut-être même jusqu’à la dépression de ton moi ;

Tu pleures mais c’est sur toi.

Demande au Seigneur la grâce du vrai repentir.

Le vrai repentir est la confession de sa miséricorde et l’expression d’un réel amour envers lui dans une confiance totale.

Le vrai repentir est la brisure du cœur jusqu’en ses profondeurs de telle sorte que tes larmes vont se mettre à couler d’avoir blessé ton Seigneur et maître d’amour. Le vrai repentir ne te conduis pas à porter tes regards sur toi-même pour redevenir le centre du monde mais sur Lui que tu as blessé et offensé. Tu pleures sur Lui, l’Amour, comme cette femme de l’Evangile qui vient pleurer ses péchés sur les pieds de Jésus, puis les essuie avec ses cheveux et les parfume. Son cœur s’est brisé et le parfum de son amour s’est répandu sur Lui. C’est cela le vrai repentir. Et dans ce repentir, qui est brisure du cœur de pierre, le Seigneur fait couler sa guérison. Et un jour tu t’apercevras que le péché que tu avais l’habitude de confesser a complètement disparu. Ton cœur, en  s’élargissant, a laissé toute place à la miséricorde qui, enfin, a pu œuvrer jusqu’à la racine de tes péchés.

Ton amour pour lui devient alors plus réel, plus fervent, plus joyeux. C’est Lui  que tu veux aimer, adorer, suivre et servir ; ton cœur se met à battre à l’unisson de son cœur. Ton cœur exulte et ta louange déborde. La confession de ton péché est devenue louange. Mais c’est parce que tu loues le Seigneur pour sa croix qui t’a sauvé que la confession de ton péché devient action de grâce.

N’est-ce pas cela que demande le rite du sacrement de la pénitence et de la réconciliation ?

Une confession qui doit être d’abord une louange au Seigneur pour son œuvre d’amour dans nos vie avant celle de nos péchés.

Conclusion 

« Il y aura toujours cette confession qui est louange poursuit St Augustin. Vous confesserez toujours que le Seigneur est Dieu, qu’il est votre protecteur, votre créateur. […]

Entrez dans sa demeure en chantant. Confessez vos manques en franchissant les portes de sa maison. Une fois entrés, confessez le nom du Seigneur par des chants de louange. [ …]

N’ayez pas peur que les forces vous manquent pour le louer. La louange est comme une nourriture que l’on mange ; plus vous le louez, plus vous prenez des forces et plus cette nourriture devient savoureuse. »

Que vois-tu dans le sanctuaire de cette église, comme sur la place de la cité céleste ? une croix !

Que comprends-tu ? qu’elle est signe de la manifestation la plus extrême et la plus belle de l’amour de Dieu, signe de son royaume qu’il est venu établir au milieu de nous, signe de son apparition dans le ciel pour son glorieux et dernier avènement. La croix est là et elle te rappelle ta double confession : louange et repentir.

Nous qui sommes venus dans sa maison ce soir et qui viendront encore demain et les jours suivants : proclamons la croix glorieuse de notre Seigneur, en confessant humblement nos péchés dans la certitude que nous avons été justifiés, pardonnés afin que notre confession soit éternellement une louange à sa gloire et devenir nous-mêmes une offrande éternelle à la louange de sa gloire.

Frère Jean-Yves-Marie

à l’occasion de vigiles de la Croix Glorieuse à l’église de l’Immaculée Conception