La Croix Glorieuse: chemin d’humilité

L’humilité, lieu de la Gloire !

La fête de la croix glorieuse nous convie à poser un autre regard sur la croix de Jésus, non comme le lieu de souffrances du vendredi saint où le Christ assume notre humanité malade, pécheresse, blessée, mortelle… mais comme le lieu où la gloire de Dieu se manifeste et demeure.

Pourquoi dit-on que la croix est glorieuse ?

La porte d’entrée que je vous propose, aujourd’hui, pour essayer d’appréhender ce mystère est celle de l’humilité comme le lieu de la gloire, comme le lieu où Dieu se dit, se révèle.

C’est sur la croix que Dieu se dévoile totalement, authentiquement, librement et cela de manière humble. Il faut entendre par humilité quelque chose qui relève de la nature même de Dieu.

Or nous le savons, peut-être l’avons-nous même expérimenté pour en connaître quelque chose à l’intime : Dieu est Amour. L’essence même de son être est l’amour,

Le message de l’amour de Dieu nous est parvenu par l’abaissement du Fils. Tout dans la vie du Christ, depuis sa naissance jusqu’à sa mort sur la Croix, est imprégné d’humilité.

« Lui, (Jésus, Fils de Dieu) de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu.
Mais il s’anéantit lui-même, prenant condition d’esclave, et devenant semblable aux hommes. S’étant comporté comme un homme,
il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur une croix ! »

Philippiens 2,6-8

La croix apparait ainsi, comme le lieu surprenant de cette humilité de Dieu, expression de son être amour, manifestation de son être divin.

Le théologien  Hans-urs von Balthazar (Jésuite) dit :

« Quand on voit le Christ qui est humble, on voit aussi que Dieu est humble »

Qui me voit voit le Père ! Ce que vit le Christ, toute sa façon de vivre l’incarnation nous parle de Dieu, l’humilité du Fils, son comportement terrestre n’est pas différent de son comportement céleste. Pour lui Dieu est humble : On peut appuyer cela sur ce que dit Jésus lui-même en demandant à tout homme de s’approcher de lui : « Venez à moi car je suis doux et humble de cœur ! » Si le cœur de Jésus est le fond de sa personne humaine et divine alors Dieu est doux et humble. »

Quelle est cette humilité ?

« Partons de l’expérience de l’amour humain , croyez-vous qu’il est possible à un homme, dans l’acte même d’aimer de dire à sa femme : je t’aime mais n’oublie pas que je suis supérieur à toi, je suis agrégé de philosophie et de sciences, toi tu n’es qu’une petite ignorante qui n’a qu’un certificat d’études » ? Croyez-vous que c’est encore de l’amour. Un regard qui surplombe, qui regarde d’en-haut peut-il être un regard d’amour ? Un Dieu qui surplombe peut-il être un Dieu d’amour ? » Varillon

Sur la croix nous voyons, en effet, un tel abaissement, une telle humilité.

L’humilité est la vérité.

L’humilité est l’expression toute simple de ce que nous sommes en vérité ; l’humilité rime avec vérité. La vérité c’est ce qui est.

« L’humilité c’est la vérité  » Thérèse d’Avila.

Quand Dieu dit cela est bon et très bon au sujet de la création : c’est une parole d’humilité : c’est vrai c’est beau, c’est bon ! De même l’artiste qui s’exclame devant son œuvre en disant : « Que c’est beau ! » est accordé avec ce qui est, il est donc humble. S’il avait dit : « Regardez l’œuvre que j’ai faite, c’est moi qui l’ai fait. »,  là il serait orgueilleux.

Ainsi Jésus sur la croix, dans son humilité par son abaissement volontaire, nous parle en vérité de son être divin, il nous révèle vraiment qui est Dieu. Et cette révélation ne peut être que l’expression de sa Gloire qui est le rayonnement de son être Amour.

L’humilité est le lieu et le fond de la Gloire de Dieu.

« Il faut comprendre, que l’humilité est le fond de la gloire de Dieu sans laquelle l’amour n’est pas véritablement l’amour. » Varillon

Ainsi la croix est glorieuse car elle dit l’humilité de l’amour qui est le fond de la gloire de Dieu, elle dit en vérité le fond de son être amour ; cet amour qui s’est abaissé pour être à notre niveau, qui s’est abaissé pour être même en-dessous de nous, qui nous considère comme supérieur tant l’amour désire l’être aimé pour tout lui donner, pour se donner.

Considérer les autres comme supérieur à vous  Ph 2,3

Quelle humilité ! L’humilité qui est non de se mépriser mais d’épouser l’attitude profonde de l’amour, de s’abaisser pour élever l’autre en faisant le bien à son égard. Attitude de Jésus lorsqu’il lave les pieds de ses disciples.

Ainsi il n’y a pas d’amour, ni de gloire sans l’humilité. La Croix, lieu d’expression d’un immense amour a son soubassement, sa fondation dans l’humilité. La gloire repose sur ce qui est humble, Dieu élève les humbles et repousse les orgueilleux, les puissants.

Nous pouvons songez à la scène du baptême de Jésus… Jésus, humblement, se joint à la foule des pécheurs qui s’avancent vers Jean-Baptiste pour vivre une démarche de repentance et de conversion. Jésus se joint aux hommes pécheurs alors qu’il est saint. Voilà une manifestation d’humilité. Le Très-Haut qui se fait le Très-Bas ! Aussitôt l’Esprit Saint vint sur lui. « Or l’Esprit Saint est la Gloire même de Dieu » dit François-Xavier Durwell, autre théologien, s’appuyant sur les pères de l’Eglise. Ainsi plus on s’abaisse volontairement en se faisant petit dans le but d’élever l’autre, plus la gloire de Dieu repose sur nous.

L’humilité est bien le lieu de la gloire de Dieu.

L’humilité, voie royale de la gloire

L’humilité du Verbe incarné, en plus de nous révéler la profondeur de l’amour que Dieu nous porte, nous montre la voie réelle qui conduit à la plénitude de cet amour.

 « Si vous me demandez ce qui est le plus essentiel dans la religion et dans la discipline de Jésus-Christ, je vous répondrai : d’abord, l’humilité, ensuite, l’humilité et en troisième lieu, l’humilité.» st Augustin

Celui qui veut être le plus grand qu’il se fasse le plus petit, Celui qui veut être le premier, qu’il prenne la dernière place, Celui qui veut commander qu’il soit serviteur dit Jésus.

Ecoutons St Augustin 

« « Prenez mon joug sur vous, et apprenez de moi » (Mt 11,29) non pas à construire l’univers, ni à créer les choses visibles et invisibles, ni à faire des miracles dans ce monde et à ressusciter des morts, mais « apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur » (Mt 11,29). Vous voulez devenir grand ? Commencez par vous faire petit. Vous songez à construire un édifice d’une grande hauteur ? Songez d’abord au fondement qu’est l’humilité. Celui qui se propose d’élever un édifice massif creuse d’autant plus les fondations que la bâtisse sera plus considérable. Quand on construit l’édifice, on s’élève en hauteur ; on s’abaisse au contraire en creusant les fondations. L’édifice s’abaisse donc avant de s’élever, et son abaissement doit précéder le faîte de son élévation. Quel est le faîte de l’édifice que nous entreprenons de construire ? Jusqu’où doit s’élever le sommet de cet édifice ? Je le dis tout de suite : jusqu’à la vue de Dieu. Vous voyez quel but élevé, quelle fin sublime : voir Dieu. Celui qui désire ce bonheur comprendra ce que je dis et ce qu’il entend. Ce qui nous est promis, c’est la vue de Dieu, du Dieu suprême. Le vrai bonheur, en effet, c’est de voir le Dieu qui nous voit. »

St Augustin, Sermon 69, 1, 2, in « Textes ascétiques des Pères de l’Église », pp.266-267.

Pour la personne humble, être confronté à la gloire de Dieu est une cause de joie, qui plus est, l’unique motif de la vraie joie. Certes, en se plaçant devant lui, elle découvre sa finitude et sa petitesse ; mais sa condition de créature, loin d’être une occasion de tristesse ou de désespérance, est une source de joie intime. L’humilité est une lumière qui fait découvrir à l’homme la grandeur de son identité, en tant qu’être personnel capable de dialoguer avec le Créateur et d’accepter avec une totale liberté sa dépendance par rapport à lui.

La vierge Marie nous rend présente la nécessité d’être humble, pour vivre près de Dieu. Elle est un modèle de joie, précisément parce qu’elle est aussi un modèle d’humilité : Mon âme exalte le Seigneur, et mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur parce qu’il a jeté les yeux sur son humble servante.

Conclusion

La croix est glorieuse car sur la croix nous voyons l’humilité de Dieu, lieu où Il nous montre sa gloire et le chemin pour y accéder.

Ainsi pour prendre le chemin royal de la Gloire, la première chose que nous devons faire est de contempler l’humilité de Jésus sur la croix; la seconde chose est d’accepter humblement les humiliations de notre vie comme Jésus en s’en remettant totalement entre les mains de Dieu et enfin de demander chaque jour la grâce de l’humilité.

Homélie du frère Jean-Yves-Marie (communauté de la Croix Glorieuse) en la solennité de la Croix Glorieuse 2018

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